
Soyons honnêtes : on n’attendait pas franchement Cartoon Saloon sur ce terrain là, du moins au cinéma. Le studio de Kilkenny, on l’a découvert et adoré pour des films qui prenaient les enfants — et leurs parents — au sérieux : Brendan et le secret de Kells, Le Chant de la mer, et bien sûr le sublime Le Peuple loup. Alors forcément, apprendre que leur nouveau long-métrage est en réalité l’adaptation de Puffin Rock, leur gentille série préscolaire diffusée sur Netflix, ça fait hausser un sourcil. Réalisé par Jeremy Purcell pour son premier long, sur un scénario de Sara Daddy (déjà à l’œuvre sur plusieurs épisodes de la série), Nouveaux Copains à Puffin Rock débarque chez nous le 3 juin 2026 via Gebeka Films, avec une mention « dès 3 ans » qui annonce d’emblée la couleur.

Sur la petite île de Puffin Rock, au large des côtes irlandaises, la vie s’écoule paisiblement au rythme des marées. Le quotidien de la jeune macareux Oona et de son petit frère Baba est bouleversé par l’arrivée d’une colonie de macareux chassés de leur propre île par une tempête. L’occasion de se faire de nouveaux amis… jusqu’à ce qu’un œuf disparaisse dans d’étranges circonstances, et que les soupçons se portent injustement sur Marvin, une jeune loutre échouée sur le rivage. Tandis qu’une grande tempête menace l’archipel, Oona et ses amis se lancent dans une course contre la montre pour retrouver l’œuf et rétablir la vérité.
Posons les choses tout de suite, parce que juger ce film à l’aune du Peuple loup serait malhonnête : on n’est pas du tout sur le même projet. Pas de souffle épique ici, pas de méchant, pas une seule scène qui fait peur. Oona perd un œuf, accuse une loutre à tort, une tempête se profile, tout le monde s’entraide et ça finit bien. Voilà. C’est tendre, c’est rond, c’est taillé pour des spectateurs qui tiennent encore la main de papa ou maman dans le noir de la salle. Si vous y allez sans enfant en espérant la prochaine pépite du studio, vous trouverez les 1h19 longuettes — et ce sera entièrement votre faute, pas celle du film.

Parce que pour ce qu’il est, c’est franchement réussi. La patte maison reste reconnaissable entre mille : ces formes douces et arrondies, ces couleurs qui semblent posées à la main, ce sens du décor naturel qui change tout. Les falaises irlandaises, les ciels qui tournent, la mer qui passe du calme plat à la fureur en quelques plans… il y a une vraie tenue là-dedans, à des kilomètres de la soupe lisse et interchangeable qu’on sert d’habitude aux tout-petits. La tempête du dernier acte, en particulier, sort joliment du lot.
Et puis il y a le fond, qui m’a sincèrement touché. Sous la comptine, le film parle d’accueil, de ceux qu’on chasse de chez eux — ces macareux réfugiés fuyant la tempête, ça ne tombe pas là par hasard —, de ne pas condamner avant de savoir, de prendre soin du vivant. Rien n’est asséné, tout passe à hauteur d’enfant, et ça donne même envie d’aller observer ces drôles d’oiseaux au bec coloré pour de vrai. Pas étonnant que la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) ait signé comme partenaire. Pour une grande première au cinéma ou un ciné-goûter du mercredi, je vois mal ce qu’on pourrait proposer de mieux.
Bref. Nouveaux Copains à Puffin Rock ne marquera pas l’histoire de Cartoon Saloon, et il s’en fiche royalement. C’est une bulle de douceur, joliment dessinée et pleine de bonnes intentions, pensée pour les petits et ceux qui les accompagnent. Emmenez-y le bon public, et le contrat est rempli sans discuter.
CaptainSmoke lui attribue la note de :
En bref
Cartoon Saloon range les grandes ambitions au placard le temps d’une tendre fable écolo pour les tout-petits. C’est joli, c’est bienveillant, c’est sans doute trop sage pour séduire au-delà des 3-6 ans — mais auprès d’eux, le pari est largement gagné.
