
Soyons honnêtes deux secondes : on ne s’assoit pas devant un film qui s’appelle The Furious en espérant une méditation philosophique sur le deuil. On vient pour voir de la bonne bagarre, point.

Côté histoire, on reste dans le strict minimum syndical. Wang Wei voit sa fille kidnappée par un réseau criminel ; la police étant pourrie jusqu’à l’os, il décide de régler ça à l’ancienne, c’est-à-dire en distribuant des phalanges dans un rayon de cinquante kilomètres. Son seul allié : Navin, journaliste obstiné dont la femme s’est volatilisée. Voilà. C’est tout. Et là où certains films assument leur ficelle avec malice, The Furious s’en sert surtout comme prétexte à passer d’une baston à l’autre. Quelque part en Asie du Sud-Est, nous balance un carton, comme pour s’excuser d’avance de ne pas trop creuser le décor. Les dialogues sont raides comme un coup de tibia mal amorti, tous les seconds couteaux se révèlent comme par hasard champions de kung-fu, et la fille kidnappée — moteur de toute l’affaire — n’est jamais grand-chose de plus qu’un MacGuffin sur pattes. On pardonne beaucoup à un film d’action, mais à force de tout résoudre par les poings, il finit par aplatir ses propres enjeux. Et un enjeu plat, ça ne fait pas battre le cœur.

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Heureusement, il reste la mise en scène, et c’est là que Tanigaki rappelle qui il est. L’homme chorégraphie des bastons depuis l’époque où vos parents pensaient encore que Jackie Chan était cascadeur amateur, et ça se voit : il sait filmer un corps, sait où poser sa caméra, sait quand laisser le plan respirer. Le climax dans le commissariat — cinq combattants, un plan-comic-book qui superpose tous leurs regards à l’écran — est un vrai morceau de bravoure. Xie Miao porte tout ça sur ses épaules, le visage taillé dans la rage du père qui n’a plus rien à perdre, et Joe Taslim — oui, le Joe Taslim de The Raid — apporte la caution physique qu’on attend de lui. Le problème, c’est qu’entre deux pics, le film retombe lourdement. L’adrénaline monte, redescend, remonte, et cette mécanique en accordéon finit par lasser. On attend la prochaine baston en sirotant poliment les scènes de transition, et un film d’action qui te fait attendre, c’est déjà un demi-échec. L’épilogue n’arrange rien : au lieu de s’arrêter sur son sommet d’adrénaline, le film tartine une conclusion dont personne ne réclamait l’addition. Notez que l’actrice Yanin Vismitananda qui joue la femme de Joe Taslim, a joué dans le chouette Chocolate de 2008, entre autres.
The Furious fait le boulot. Les bastons cognent, Taslim, Xie Miao et Yayan Ruhian assurent, et il y a deux ou trois fulgurances qui rappellent pourquoi on aime le cinéma de baston, le vrai. Mais le film se repose tellement sur ses poings qu’il en oublie de construire autour. Du bon spectacle, mais pas encore une référence. À voir entre potes, une bière à la main, le cerveau au vestiaire — et sans en attendre davantage.
CaptainSmoke lui attribue la note de :
En bref
The Furious est un plaisir coupable, plein de défaut, mais tout de même ultra généreux.
