
Curry Barker est un nom qui ne disait probablement pas grand-chose au grand public il y a encore deux ans. Repéré sur YouTube grâce à ses courts-métrages d’horreur fauchés (notamment Milk & Serial, viral en 2024 pour ses 800 dollars de production assumés), le jeune réalisateur américain frappe un grand coup avec Obsession, son tout premier long-métrage distribué chez nous par Le Pacte et qui débarque dans les salles françaises ce mercredi 13 mai 2026. Présenté en avant-première dans la mythique section Midnight Madness du Festival international du film de Toronto en septembre 2025, raflé pour plus de 15 millions de dollars par Focus Features sur le territoire international et adoubé en cours de route par Jason Blum (Blumhouse), le film arrive précédé d’une hype assez rare pour un premier coup d’essai dans le genre.

Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !
Sur le papier, Obsession s’annonce comme une énième variation autour de la fameuse « patte de singe » revisitée façon teen-movie horrifique. Sauf que Curry Barker en fait tout autre chose : un film malaisant, drôle, méchant et étonnamment réflexif sur les zones d’ombre du « gentil garçon » contemporain. Le réalisateur revendique d’ailleurs s’être inspiré d’un épisode des Simpsons (celui où Bart trouve une patte de singe maudite), mais le résultat lorgne bien davantage du côté de cette mouvance « Cregger-isée » du genre, ces récents Barbarian et Weapons qui marient chocs, ironie grinçante et commentaire social en sourdine.
L’une des plus belles réussites du film tient à son refus du confort. Le scénario prend le parti audacieux de raconter cette histoire — dont l’horreur tient autant à ce qui arrive à Nikki qu’à ce que Bear s’autorise à faire — exclusivement du point de vue du « bourreau ». Bear n’est jamais diabolisé frontalement, ce qui rend la chose d’autant plus dérangeante : on partage son malaise, sa lâcheté, sa fuite en avant, et on se surprend même par moments à comprendre ce qu’il ressent. C’est là que Barker pose habilement la vraie question, qui est moins « pourrai-je finir comme Nikki ? » que « jusqu’où moi, ou quelqu’un que je connais, pourrai-je aller pour combler une frustration affective ? ». Bonne chance pour ressortir de la salle indemne.

Côté mise en scène, Curry Barker confirme tout ce que ses courts-métrages laissaient deviner. Épaulé par le chef opérateur Taylor Clemons, il choisit volontairement des cadres centrés, étirés, avec beaucoup d’air autour des personnages, afin de distiller une sensation de solitude oppressante quasiment permanente. Le film alterne avec un sens du timing redoutable les éclats d’humour absurde et les images franchement éprouvantes (une séquence violente a d’ailleurs dû être charcutée au montage pour éviter le NC-17 aux États-Unis, autant vous dire que le métrage ne fait pas dans la dentelle).
Mais s’il y a bien une chose qui va faire parler d’Obsession, c’est la prestation d’Inde Navarrette dans le rôle de Nikki. Sincèrement, on n’avait pas vu une telle composition féminine dans un film d’horreur depuis bien longtemps. Capable de basculer en l’espace d’un plan d’une douceur désarmante à un dérèglement glaçant, l’actrice tient le film sur ses épaules et lui offre certains de ses moments les plus mémorables. Michael Johnston, dans le rôle nettement plus ingrat de Bear, s’en sort lui aussi très honorablement avec un personnage que pas mal de spectateurs masculins trouveront sans doute plus familier qu’ils ne voudront bien l’admettre. Mention spéciale enfin à Andy Richter et Cooper Tomlinson (qui produit également le film et sert d’alter ego à Barker depuis un bon moment), qui apportent un peu de relief à une galerie de personnages secondaires bien écrits.
Avec Obsession, Curry Barker rejoint le club très fermé des nouveaux artisans qui sont en train de réinventer le cinéma d’horreur américain en y injectant un humour noir féroce, une vraie écriture et un commentaire social piquant. Un premier long-métrage maîtrisé, dérangeant et furieusement efficace, qui annonce l’arrivée d’un nom à suivre de très près.
CaptainSmoke lui attribue la note de :
En bref
Obsession est une excellente surprise horrifique qui détourne le conte du vœu maudit pour interroger frontalement la question du consentement et les dérives du « nice guy ». Porté par une Inde Navarrette absolument démentielle, le premier long-métrage de Curry Barker mérite amplement tout le buzz qui l’entoure. Un des grands frissons de l’année !
