[Critique Film] – Congo Boy

Congo Boy

Si le nom de Rafiki Fariala vous dit quelque chose, c’est peut-être grâce à Nous, étudiants !, son premier film, un documentaire qui suivait la galère de jeunes étudiants à Bangui et qui avait été le tout premier film centrafricain sélectionné à la Berlinale en 2022. Quatre ans plus tard, le jeune cinéaste, également rappeur star dans son pays d’adoption, passe à la fiction avec Congo Boy. Et il réalise un nouvel exploit : c’est le premier film centrafricain de l’histoire présenté au Festival de Cannes. Sélectionné à Un Certain Regard, il y a reçu une standing ovation et valu à son jeune acteur principal, Bradley Fiomona, le Prix d’interprétation masculine de la section. Coécrit avec Tommy Baron et Boris Lojkine, le réalisateur de L’Histoire de Souleymane, également producteur du film, il arrivera dans nos salles le 25 novembre. Une petite pépite qui mérite qu’on lui fasse de la place.

Congo Boy

Bangui, République centrafricaine. Robert, 17 ans, rêve de faire carrière dans la musique, mais la guerre civile déchire le pays. Quand ses deux parents sont jetés en prison, il se retrouve seul à s’occuper de ses quatre frères et sœurs, jonglant entre le quotidien, les petits boulots, les examens et les scènes de concert, bien décidé à poursuivre son rêve.

Ce qui frappe d’abord dans Congo Boy, c’est à quel point il colle à la vie de son auteur. Comme Robert, Rafiki Fariala est né dans l’est de la République démocratique du Congo, a fui la guerre avec ses parents pour grandir en Centrafrique, et a trouvé dans le rap une échappatoire et un moyen d’exister. Le cinéaste a d’ailleurs expliqué qu’il écrivait « à la première personne », en racontant simplement sa vie, au point que la femme qu’il appelle sa tante Zara joue son propre rôle dans le film. Cette dimension autobiographique donne au récit une sincérité et une justesse qu’on ne pourrait pas simuler. Fariala raconte la condition de réfugié sans misérabilisme : la peur des militaires, la corruption, le fait que « tout le monde veut gratter » sur les maigres ressources du héros, mais aussi la débrouille, l’humour, la solidarité, et cette coexistence entre chrétiens et musulmans qui tient malgré les violences. La guerre est omniprésente, mais elle reste en toile de fond : ce qui compte, c’est le quotidien de Robert, sa responsabilité écrasante de grand frère et son refus obstiné d’abandonner ses rêves. Le revers de la médaille, c’est que le schéma du jeune talent qui s’accroche malgré l’adversité, on l’a déjà vu souvent, et le film n’échappe pas toujours aux passages attendus. Le récit avance aussi parfois par à-coups, et certaines situations se résolvent un peu trop facilement pour que la tension tienne jusqu’au bout. Mais l’énergie est telle qu’on lui pardonne volontiers.

Congo Boy

Côté mise en scène, Fariala garde l’héritage de son passé de documentariste. Tourné à Bangui avec un petit budget, le film s’appuie sur une caméra à l’épaule d’Adrien Lallau qui colle aux personnages et donne une vraie sensation d’immédiateté. Le cinéaste a même fait appel à de vrais soldats et miliciens pour certaines scènes, ce qui donne aux moments de tension une authenticité franchement glaçante. Le montage de César Simonot épouse le rythme du rap de Robert, et c’est dans ces séquences musicales que le film décolle vraiment : chaque passage sur scène est un pur moment d’énergie et d’émotion. La bande originale, écrite par Fariala lui-même avec Lillo Morealle, est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film. Elle fait office de journal intime du héros, et elle reste longtemps en tête après la séance.

Et puis il y a Bradley Fiomona. Pour son premier rôle au cinéma, le jeune acteur crève littéralement l’écran. Charismatique, drôle, bouleversant dans ses scènes avec ses frères et sœurs, il est tout aussi impressionnant au micro, et son prix cannois n’a rien d’usurpé. Autour de lui, le casting est majoritairement composé d’acteurs non professionnels, et ça se sent : certains manquent un peu d’aisance, mais la plupart apportent un naturel et une fraîcheur qui renforcent l’authenticité de l’ensemble.

Congo Boy n’est pas un film parfait. Son histoire reste assez classique et sa construction un peu inégale. Mais c’est un film d’une sincérité rare, porté par une énergie communicative, une bande originale entraînante et un jeune acteur formidable. Une belle découverte, qui donne envie de suivre de très près la suite de la carrière de Rafiki Fariala.

CaptainSmoke lui attribue la note de :

En bref

Congo Boy est un récit d’apprentissage lumineux et inspiré de la vie de son réalisateur, sur un jeune réfugié qui s’accroche au rap pour survivre. Porté par un Bradley Fiomona impressionnant et une bande originale entraînante, le film compense un récit un peu classique par une sincérité et une énergie irrésistibles. Une belle découverte.

CaptainSmoke

Fondateur de DansTonCinéma.fr, cinéphile et sériephile, j'aime découvrir des perles inconnues dans le cinéma traditionnel comme dans l'animation.

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