[Critique Film] – Hope

Hope

 

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour voir un nouveau film de Na Hong-jin. Depuis The Chaser, The Murderer et surtout l’immense The Strangers, le cinéaste sud-coréen s’est imposé comme l’un des maîtres absolus du thriller poisseux et de l’horreur qui vous colle à la peau. Avec Hope, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, il change radicalement d’échelle : plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen, casting international avec Michael Fassbender et Alicia Vikander, et un virage assumé vers le blockbuster de science-fiction. La projection cannoise a littéralement réveillé la Croisette, entre ovation et grincements de dents. Gros succès en Corée cet été, le film débarque dans nos salles le 28 octobre, distribué par Universal Pictures. Verdict : un sacré morceau de cinéma, mais un morceau seulement.

Hope

Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante, tandis que les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt, et que toutes les communications sont coupées. Pendant ce temps, Sung-ki et plusieurs villageois s’enfoncent dans les montagnes à la recherche d’une mystérieuse créature, avant de découvrir que ce sont eux qui sont chassés.

Tout commence comme un pur Na Hong-jin. Un village isolé près de la zone démilitarisée, des vaches retrouvées éventrées, des chasseurs persuadés qu’un tigre rôde dans les parages, et un chef de police un peu dépassé qui comprend trop tard que la menace est d’une tout autre nature. Toute la première partie est un modèle d’écriture et de tension, qui joue habilement avec nos attentes et avec les codes du film de monstre. Puis le film change de peau, et révèle peu à peu sa vraie nature, que la bande-annonce ne cache d’ailleurs pas vraiment : une invasion extraterrestre qui tourne à l’épopée. Et c’est là que Na Hong-jin s’amuse comme un gamin. Dialogues absurdes, personnages à côté de la plaque, humour noir, action jusqu’au-boutiste : Hope prend un malin plaisir à déconstruire la figure du héros de blockbuster hollywoodien, avec des personnages qui ne cessent de rater ce qu’ils entreprennent. C’est souvent jubilatoire. Le problème, et il est de taille, c’est que Hope n’est qu’une première partie. Na Hong-jin a déjà évoqué une possible trilogie, et ça se sent : le dernier acte ouvre de nouvelles pistes et de nouveaux enjeux, avant de s’arrêter net sur un cliffhanger qui laisse le spectateur en plan. Après 2h36 de film, on a franchement l’impression d’avoir assisté à un très long prologue. Et quand on sort de la salle, la frustration l’emporte un peu sur la satisfaction.

Hope

Côté mise en scène, Na Hong-jin n’a rien perdu de son talent. Épaulé par son chef opérateur Hong Kyung-pyo, déjà à l’image sur The Strangers et Parasite, il signe des séquences d’action d’une ampleur et d’une lisibilité impressionnantes : poursuites en voiture, assauts dans la forêt, chevauchée filmée en lumière naturelle dans les Carpates roumaines. Sa maîtrise du hors-champ fait des merveilles dans la première partie, quand la menace reste invisible. Mais dès que les créatures se montrent, le bât blesse. Les effets numériques sont franchement ratés, avec des créatures et des vaisseaux qui semblent sortis d’un blockbuster du début des années 2000. Certains y verront un charme rétro presque volontaire, mais pour un film de cette ambition et de ce budget, ça fait tache, et ça casse régulièrement l’immersion. Un comble pour un cinéaste qui sait si bien faire peur avec ce qu’il ne montre pas.

Les acteurs, eux, sont au rendez-vous. Hwang Jung-min, qui retrouve Na Hong-jin dix ans après The Strangers, est parfait en chef de police dépassé, tour à tour pathétique, drôle et courageux. Hoyeon, révélée par Squid Game, compose une jeune recrue explosive qui offre au film plusieurs de ses meilleurs moments. Zo In-sung est solide en chasseur têtu, et Eum Moon-suk vole quelques scènes en menuisier excentrique. Côté casting international, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell et Cameron Britton prêtent leurs traits aux extraterrestres, sans parler coréen. Ils sont convaincants, même si leurs personnages restent pour l’instant à peine esquissés, sans doute en attendant la suite. La partition de Michael Abels, enfin, accompagne efficacement la montée en puissance du film.

Hope est un objet de cinéma fou, généreux, souvent brillant, qui prouve que Na Hong-jin est capable de tout, y compris de réinventer le blockbuster à sa sauce. Mais entre ses effets numériques bancals et son statut de simple première partie, le film laisse un goût d’inachevé. On attend la suite avec impatience, mais on aurait aimé que ce premier volet tienne debout tout seul.

CaptainSmoke lui attribue la note de :
7.5/10

En bref

Hope marque le retour fracassant de Na Hong-jin, qui passe du thriller horrifique au blockbuster de science-fiction déjanté. Porté par une mise en scène virtuose et un Hwang Jung-min impeccable, le film est manque d’éclat sur d’autres points. Un spectacle fou mais frustrant.

CaptainSmoke

Fondateur de DansTonCinéma.fr, cinéphile et sériephile, j'aime découvrir des perles inconnues dans le cinéma traditionnel comme dans l'animation.

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