[Critique Série] – The People v. O.J. Simpson – American Crime Story

Après le succès de la malsaine (et très inégale) American Horror Story, la chaîne FX (qui nous a amené les excellentes The Shield, Justified ou encore Archer) nous offre une nouvelle anthologie sortie des cartons du producteur Ryan Murphy, American Crime Story. Comme son nom l’indique, fini les sorcières, les fantômes ou les clowns tueurs, et faites place aux juges, aux avocats et aux agents de police.

Pour sa première saison, la série a décidé de s’intéresser à ce qui a été qualifié de procès le plus médiatisé de l’histoire judiciaire américaine : le procès de O.J. Simpson. Ancien running back des Bills de Buffalo et premier joueur à avoir couru plus de 2000 yards en une saison, il fait parti des légendes du football américain et possède également une petite carrière au cinéma, notamment dans la série de films de la ZAZ The Naked Gun. Une célébrité qui devient le principal suspect des meurtres de son ex-femme et du compagnon de cette dernière le 12 avril 1994.

C’est donc là le point de départ de cette saison qui va, au cours de ses 10 épisodes, nous emmener au cœur de ce procès surmédiatisé que n’importe quel américain n’aura certainement pas oublié. De la fameuse poursuite en Bronco jusqu’au verdict établi après seulement 4h de délibération par le jury, le procès d’O.J. Simpson est à la base un fait divers rempli de rebondissements. Il faut dire que même si le verdict est connu de tous, le suspense et la tension sont omniprésents dans la série, cela accentué par les choix de mises en scènes de Murphy (réalisateur de plusieurs épisodes dont le pilot et le final).

L’époque bénie des cravates à motifs

Mais au-delà du traitement d’un simple fait divers, la série permet de mettre en avant des problèmes inhérents à la société américaine et à son système judiciaire. Si l’angle de la violence conjugale doit dominer le procès, très vite le racisme gangrenant la police de Los Angeles va prendre le dessus, et cela notamment au travers du personnage de Mark Furhman, policier adepte du « N Word » qui aurait trouvé (ou placé selon la défense) le gant de Simpson sur les lieux du crime. Ce basculement dans la thématique dominante du procès est notamment dû au changement d’avocat principal de la défense, passant de Bob Shapiro à Johnnie Cochran, figure emblématique de la défense des droits des afro-américains, la manipulation de la composition du jury dont les changements sont nombreux et où le moindre petit détail peut être prétexte à une éviction, pour finir avec un jury composé de 11 personnes issues de minorités sur 12. Les communautés se divisent et s’opposent jusqu’au verdict, les afro-américains ne pouvant pas croire à la culpabilité de O.J. là où les blancs le croient coupable.

En plus du racisme de la police américaine, American Crime Story analyse aussi la place de la femme dans ce procès, et notamment de la misogynie. Cela se ressent très clairement au travers du personnage de Marcia Clark, la procureure représentant le peuple de Californie, personnage qui n’est pas vraiment pris au sérieux et dont la vie privée intéresse plus les gens que ses plaidoyers, les magazines allant jusqu’à faire des unes uniquement sur ses évolutions capillaires et à remettre en cause son travail à la moindre de ses errements. Elle n’est pas la seule à être ciblée : ainsi, même la femme du juge Ito sera insultée par un intervenant lors du procès, incident donnant lieu à un très beau discours du juge. On ajoute à cette misogynie l’oubli envers l’ex-femme d’O.J. Simpson lors de la procédure et on obtient un tableau très sombre sur ce plan.

L’immense Sarah Paulson en quête d’un GG et d’un Emmy

La force de la série réside aussi dans son casting et la façon dont chacun des personnages est mis en avant et possède un épisode qui lui est quasiment consacré. Comme dit précédemment, le personnage de Marcia Clark campé par une extraordinaire Sarah Paulson (habituée des boulots de Murphy) fait partie des personnages les plus réussies, femme forte cible de tout le monde mais se battant avec acharnement pour la vérité. Marcia Clark aidé par Christopher Darden, afro-américain qui travaille lui pour l’État et qui doit se battre à la fois contre le racisme au sein du LAPD, son utilisation par les institutions pour se défausser d’une étiquette raciste et Johnnie Cochran qui le voit comme un traître ; son personnage à la fois fragile et déterminé est très bien joué par Sterling K. Brown. De l’autre côté on retrouve Courtney B. Vance dans le rôle de Johnnie Cochran véritable leader au charisme impressionnant qui met de côté un John Travolta très botoxé dans le rôle de Shapiro, avocat essentiel même si un peu dépassé par la tournure des événements. American Crime Story marque aussi le retour de Ross Geller dans un grand rôle à la télé, David Schwimmer jouant (moyennement au début et beaucoup mieux sur la fin) Robert Kardashian, l’ami de longue date de O.J Simpson. Au milieu de tout ça, on a le juge Lance Ito dont Kenneth Choi donne une interprétation convaincante. Et puis bien sûr Cuba Gooding Jr dans le rôle de O.J Simpson, qui cabotine un peu trop mais qui heureusement passe très rapidement au second plan.

American Crime Story fera certainement partie des meilleurs séries de l’année quand 2016 se finira. Les 10 épisodes de la saison filent à toute vitesse, et la série évite de tomber dans la facilité d’être juste une reconstitution sans âme d’un procès énorme. Intelligente et loin d’être manichéenne, elle dissèque la société américaine, faisant écho à notre époque et montrant que peu de choses ont finalement évolué en vingt ans…

Bondmax lui attribue la note de
8/10

En bref

American Crime Story fait certainement partie des meilleures surprises de ce début d’année 2016. La transposition de ce fait divers très connu est réussie grâce notamment à l’analyse de la société et du système judiciaire américain, le tout desservi par un casting 5 étoiles.

Bondmax

Bondmax

Cinéphile et sérivoire. Fan de James Bond, De Palma et Verhoeven.

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