[Critique Film] – Downsizing

Downsizing

Sans trop de bruit, films après films, avec sa petite mélancolie douceâtre, Alexander Payne a acquis une reconnaissance internationale. Elle lui permet de succéder à l’ouverture du festival de Venise à Inarritu, McCarthy et Chazelle. Son casting trois étoiles, Matt Damon, Christophe Waltz, a habillé parfaitement le tapis rouge, pour lancer le festival en grande pompe.

Downsizing

Un film à pitch

À la manière des mauvaises comédies françaises (Garde alterné, Épouse moi mon pote, pour les dernières en date.), si fière de leurs idées sensément époustouflantes, Downsizing est un film à concept, dont le pitch tient en une phrase: un scientifique réussit à rapetisser l’être humain à  environ 12 centimètres. La question est inhérente au genre : est-ce que ça tient sur la longueur ? Payne dans la première partie du film paraît sûr de la portée intellectuelle de son idée. Il plante soigneusement les piquets de son raisonnement autour d’un couple qui se questionne, campé par Matt Damon et Kristen Wiig. Doivent-ils se redimensionner ? Ils pèsent, sagement, le pour et le contre. N’ayant pas la vie bourgeoise dont ils avaient rêvé, l’intérêt économique est plus que tentant. Par une logique enfantine, les choses étant moins grandes, elles coûtent moins cher. Et comme les salaires restent (étrangement) identiques, c’est une aubaine. Sans être de fervent, défenseurs de la planète, l’argument écologique est plaisant. Si l’être humain à la taille d’une fourmi, il pollue et consomme moins, et c’est toute la terre qui en bénéficie. Ils sont également conscients de ce qui fait de cette décision un risque. Les dérives sempiternelles de l’homme : le racisme, le sectarisme, l’opportunisme… Sans doute seront-elles des problèmes par la suite, mais au bout du compte et sans surprise, sinon il n’y aurait pas de film, le couple saute le pas. Ils vont devenir petits.

Downsizing

Une seconde partie inattendue

Mais là, surgit, un swing scénaristique qui nous prend de court. Le film met un grand coup de volant, pour s’aventurer hors-piste. Et c’est un pudding improbable qui débute. Nous aussi on serait à même de conjecturer les problèmes dus au rapetissement, alors au diable, c’est carnaval ! C’est une avalanche de péripéties, qui fusent sur le petit nez de Matt Damon, lui-même tout petit face à l’immensité de la vie. Oublier le chemin tracé, balisé et sans doute rasoir. La science et la raison laissent place à la fable et la farce. Cette fuite en avant garde la tête hors de l’eau de l’invraisemblable. C’est que le cinéaste Américain tient fermement les rênes de son film, pour ne pas sombrer dans le nanar. De l’abandon d’un thème en naît un second. Celui d’un type, obligé d’improviser. Le plan menant aux trois enfants et au golden retriever aux oubliettes, les cartes sont rebattues et il doit se coller à la question épineuse : Qu’est-ce que réussir sa vie ? Il est touchant à essayer maladroitement, et nous pourrions le suivre jusqu’aux confins de l’invraisemblable.

Downsizing

Alors oui, cinéma américain oblige, la morale est d’une mièvrerie sans fin. Ce n’est pas la peine de la détailler, c’est l’amour qui gagne à la fin. C’est une rencontre féminine qui remet le nord à sa boussole. Mais on s’en fout, on aura croisé Christophe Waltz au meilleur de son cynisme et une Vietnamienne unijambiste bien décidée à en découdre.

Du programme raisonnable et sans doute chiant, le récit a bifurqué vers une confusion réjouissante. Titillant notre plaisir primaire de spectateur, ne souhaitant rien de plus que suivre les circonvolutions d’un type dans la merde, qu’il soit petit ou grand.

 

Junkie Banane

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