[Critique Film] – Ma Famille de Samouraïs

Ma Famille de Samouraïs

Soyons honnêtes deux secondes : parler d’immigration japonaise au Brésil dans un film d’animation destiné aux enfants, ce n’est pas le pari le plus évident du monde. C’est pourtant celui que relève Celia Catunda, qui adapte ici le roman primé Nihonjin d’Oscar Nakasato. Ma Famille de Samouraïs (Meu Avô é um Nihonjin) raconte cette histoire à hauteur d’enfant, et le résultat intrigue. Présenté à Annecy après un passage par Le Marché du Film à Cannes, le film déroule son récit avec une ambition qui dépasse largement le simple divertissement pour tout-petits.

Ma Famille de Samouraïs

Sao Paulo, années 1980… Noboru doit préparer pour l’école un exposé sur ses origines japonaises qu’il a toujours cherché à gommer. Il doit alors se tourner vers son grand-père grincheux, Hideo, pour apprendre à connaître en profondeur sa famille et l’histoire de l’arrivée de ce dernier au Brésil en 1920, quand il était encore un jeune homme. Ayant toujours voulu éviter d’évoquer son passé et son déracinement, poussé par son épouse, adorable grand-mère, Hideo accepte à contre-cœur de raconter à Noboru son histoire et son installation en Amérique du Sud. Au fur et à mesure que ce dernier plonge dans le récit de l’exil de ses ancêtres, le jeune écolier se plaira à s’approprier cette culture de l’autre bout du monde et découvrira même l’existence d’un oncle inconnu…

Posons les choses tout de suite : ne venez pas chercher ici l’anime que le titre pourrait laisser attendre. Catunda l’a répété en interview, elle a délibérément fui cette facilité, et c’est tout à son honneur. Le récit prend son temps, avance par le dialogue et le souvenir plutôt que par l’action, et cette lenteur assumée risque de laisser sur le bord de la route les plus jeunes. C’est un film de transmission, de mots échangés entre deux générations qui ne se comprennent pas tout à fait, et il faut un spectateur déjà un peu grand pour en goûter la pudeur. Le fossé entre Noboru, qui veut affirmer son identité brésilienne, et Hideo, qui a passé sa vie à rester japonais, constitue le vrai cœur battant du film.

Et puis il y a le fond, qui vise juste. Sous le récit familial, le film parle d’exil, de racines, de ce qu’on transmet et de ce qu’on perd en route — cette impossibilité de revenir à ce qui n’existe plus. Rien n’est asséné, tout passe par le regard de l’enfant, et ça donne même envie d’en apprendre davantage sur cette communauté nippo-brésilienne, la plus importante hors du Japon. Le film manque parfois d’un peu de souffle dramatique, et son classicisme narratif le retient d’atteindre les sommets qu’il frôle — mais l’intention est belle et la sincérité, indiscutable.

Ma Famille de Samouraïs

Mais s’il y a une raison de s’asseoir devant, c’est bien pour les yeux. La direction artistique est de loin ce que le film a de plus précieux. Plutôt que de singer l’esthétique nippone, l’équipe est allée puiser du côté du peintre brésilo-japonais Oscar Oiwa, et ça change absolument tout : cette animation 2D dessinée à la main assume ses aplats, ses lumières chaudes, ce métissage visuel où le Japon des origines se fond dans le Brésil de l’intérieur. Il y a là une vraie identité graphique, un entre-deux culturel qui raconte le propos du film sans avoir à le formuler. La bande-son d’André Abujamra prolonge d’ailleurs joliment l’idée, mariant sonorités japonaises et musique du sertão. À des kilomètres de la soupe lisse et interchangeable qu’on sert d’habitude aux enfants, le film a le mérite rare de ressembler à quelque chose.

Bref. Ma Famille de Samouraïs ne révolutionnera pas l’animation, et sa lenteur le prive sans doute d’une partie du jeune public visé. Mais porté par une direction artistique inspirée et un vrai cœur, il tient le pari délicat de parler d’immigration et d’héritage sans jamais forcer le trait. Emmenez-y le bon public — un enfant déjà curieux, un parent qui a des racines à raconter — et le contrat est rempli sans discuter. En salles le 16 septembre.

CaptainSmoke lui attribue la note de :

En bref

Celia Catunda signe une fable douce-amère sur l’immigration japonaise au Brésil, magnifiée par une direction artistique métissée qui puise chez Oscar Oiwa. C’est peut-être trop classique et beaucoup trop posé pour capter les plus petits — mais pour qui prend le temps, la traversée est belle et sincère.

CaptainSmoke

Fondateur de DansTonCinéma.fr, cinéphile et sériephile, j'aime découvrir des perles inconnues dans le cinéma traditionnel comme dans l'animation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *