[Dossier] – Quid des nouveautés séries de mai/juin ?

Shyamalan en série ?

Parce que les journées ne font pas 72 heures, il est parfois impossible de suivre chaque lancement de série. Heureusement, on pense à vous avec ce petit top des nouveautés à suivre en ce début d’année, un petit focus sur un flop, un rapide topo sur les séries en cours puis la partie « Madame Irma » sur les nouveautés à surveiller pour les mois de juillet et août.

Le tout garanti sans langue de bois, of course.

Les tops :

Mr. Robot, créée par Sam Esmail

Un plan déjà culte.

USA Network c’est un peu l’équivalent ricain de M6. Peut-être que le directeur de la chaîne a soudainement eu honte de sa cible, ou est-ce juste une tentative de rajeunissement du public ? En tout cas, niveau modernité stylistique et thématique, Mr. Robot en impose. Techno-thriller à l’ambiance schizophrène, léchée et hypnotique, s’intéressant avec une vraie légitimité à l’ère de l’information en proposant une lecture anarchique, si ce n’est révolutionnaire, de la société capitaliste. C’est une surprise de taille car en plus d’être extrêmement engagée en se plaçant à la croisée de The Social Network, de Rubicon et de Matrix, sa maestria technique portée par une mise en scène excellente (et ce plan final tétanisant) fait de ce pilote une œuvre culte instantanée. Si le reste de la saison est du même niveau, on tient là un nouveau grand chef d’œuvre télévisuel.

Débutée le 24 juin, 10 épisodes, USA

Wayward Pines, créée par Chad Hodge

Depuis le temps qu’on en parlait… Après deux ans à être annoncée puis repoussée, Wayward Pines, la fameuse création de M. Night Shyamalan, arrive enfin sur petit écran. Adaptations de bouquins au succès limité, il s’agit, pour faire court, d’un mélange surprenant de fantastique, de science-fiction, de film à mystères purement Shyamalan et d’espionnage – les twists à gogo n’apparaissent jamais vain et constituent en tant que tels l’identité narrative même de la série : imprévisible, grinçante et maline. En plus de posséder un casting de choix, Wayward Pines dispose de plumes scénaristiques de grande qualité qui la positionnent clairement parmi les nouveautés les plus enthousiasmantes de l’été.

Débutée le 14 mai, 10 épisodes, FOX

UnREAL, créée par Marti Noxon & Sarah Gretrude Shapiro

C’est l’autre excellente surprise de la part d’une chaîne poubelle du moment (avec Mr. Robot sur USA Network). UnReal est diffusée sur Lifetime, la chaîne de la ménagère américaine, enchaînant mélodrames gnian-gnian et télé-réalités décadentes. Entre un soap et un sous-Big Brother s’est pourtant glissée UnReal, sorte de témoignage satirique sur le monde de la téléréalité, dépeignant avec un réalisme marqué – qu’on pourrait parfois méprendre avec une parodie – les coulisses de la manipulation du public à la télévision. Si elle est visuellement assez plate, UnReal c’est surtout et avant tout un objet singulier, autodérision presque hypocrite d’une chaîne qui a fait de ses excès un soap opera cynique, excitant et pourtant terrifiant. Diffusé en lead-out des Anges de la Téléréalité, c’en serait presque un message d’utilité publique.

Débutée le 1er juin, 10 épisodes, Lifetime

Intrusion, créée par Frédéric Azemar, Quoc Dang Tran & Florent Meyer

Ce sont des influences de taille que traîne Intrusion, mini-série Arte événementielle dont les trois parties ont été diffusées en une soirée un peu à la manière de la belle surprise Trois Fois Manon il y a déjà un peu plus d’un an. Située quelque part entre Lynch et les plus tordus des Nolan, thriller sobre, merveilleusement écrit et réalisé, avec un casting d’une solidité déconcertante, qui fascine dans son absence de détours scénaristiques et d’intrigues annexes. Il y a un travail admirable sur l’ambiance, sur la construction précise d’une atmosphère obscure. Une bien belle réussite qui, en plus de confirmer la très bonne forme des créations originales du PAF en 2015, est clairement l’une des pépites les plus accomplies de ce début d’année.

Diffusée le 28 mai, 3 épisodes, Arte

Sense8, créée par Joseph Michael Straczynski, Lana & Andy Wachowski

Sense8 est une série qui divise et divisera encore longtemps, et il faudrait être aveugle pour oublier ses défauts évidents et ses caractéristiques fondamentalement déstabilisantes qui enchanteront certains tout en entraînant la haine de la part d’autres spectateurs. Foutraque, inégale, ridicule et superbe dans le même temps, la série des Wachowski est un bordel télévisuel qui ne ressemble à rien d’autre, mélange surprenant de Heroes et de Cloud Atlas, délire new age parfois repoussant avant de subitement livrer des séquences métaphysiques absolument magnifiques. Pour public averti uniquement.

Mise en ligne le 6 juin, 12 épisodes, Netflix

The Brink, créée par Roberto & Kim Benabib

The Brink divise beaucoup (c’est le cas de toute la nouvelle grille HBO, ceci-dit), et ce pour des bonnes mais aussi pour des mauvaises raisons. Elle est vulgaire, un peu incohérente dans ses ambitions, elle pourrait aussi être bien meilleure et encore plus incisive, mais ce concentré de politiciens plus bêtes que leurs pieds sur fond d’une parodie bien lourde de l’État-gendarme mondial est assez jouissive sur de nombreux aspects, bénéficiant de dialogues tranchants et surtout d’un excellent Tim Robbins. Difficile de dire si la série va sombrer dans la répétition ou progresser qualitativement, mais elle tient pour l’instant ses promesses : un Docteur Folamour 2.0, aussi incisif envers les Etats-Unis qu’il ne l’est avec le Moyen-Orient.

Débutée le 21 juin, 8 épisodes, HBO

Humans, créée par Sam Vincent & Jonathan Brackley

L’annonce d’un remake anglophone Real Humans sur Channel 4 et AMC est, depuis l’annulation officieuse de la série suédoise, une tentative que l’on attendait avec une certaine curiosité couplée à une impatience étouffée et une inquiétude bien présente. En remplaçant l’atmosphère à la Stieg Larsson par celle d’une forme d’anticipation chirurgicale, Humans est au final bien différente de son aînée. Elle n’est ni meilleure, ni moins bonne, ayant visiblement l’ambition de s’en démarquer le plus possible pour éviter toute comparaison (des)avantageuse. Il y a encore des progrès à faire, et on regrettera les tics très britishs de la narration, mais Humans adhère pour l’instant le cercle très fermé des remakes utiles. Peut-être sera t-il bientôt rejoint par celui d’Utopia, annulée il y a encore peu par… la même Channel 4 qui semble y avoir récupéré toute l’équipe technique pour développer son Humans. Drôle de politique.

Débutée le 14 juin, 8 épisodes, Channel 4 / AMC

Mentions : Aquarius (NBC) et Another Period (Comedy Central).

Le flop :

Si Netflix avait beau avoir déjà proposé des séries moins accomplies que d’autres (particulièrement Umbreakable Kimmy Schmidt et Hemlock Grove), elle n’avait encore jamais réellement déçu. C’est désormais chose faite avec Grace and Frankie, une catastrophe complète qui ne réussit absolument nulle part et ceci malgré son casting cinq étoiles. Écriture digne d’une mauvaise sitcom des années 90, casting mal exploité et mise en scène pauvre, difficile de défendre un tel faux pas qui prouve bien que le site des VOD est encore loin du point où elle pourra concurrencer qualitativement les HBO et autres FX. En parlant de HBO, autre désillusion de ce côté-ci avec Ballers. Inutile de dire qu’on s’y attendait, la série étant vendue depuis le début comme une tentative un peu désespérée de reproduire le succès d’Entourage, mais force est de constater que, malgré la présence de Dwayne Johnson, la série ne fonctionne jamais. Ni drôle, ni attachante, ni intelligente, avec toute l’imagerie beauf qui faisait déjà toute l’idiotie de son aînée.

Et sinon :
– Est-ce que quelqu’un s’y attendait encore ? Après ses déboires créatifs monstrueux depuis trois saisons, Community s’est achevée au terme d’une ultime saison 6 sur Yahoo Screen. Une saison qui fut laborieuse malgré ses très bons ajouts au casting, mais qui s’est terminée de la plus belle des manières. Ni vu, ni connu, Dan Harmon nous a offert ce qui est probablement le series finale le plus réussi de l’année. Touchant, drôle, d’une intelligence savoureuse, et au final l’un des meilleurs épisodes de toute la série. Chapeau bas.
True Detective a repris sur HBO avec deux premiers épisodes sujet à de fortes divisions mais qui ont le mérite de proposer une expérience plutôt inédite par rapport à la première. Prise de risque appréciable de la part de Pizzolatto de ne pas se reposer sur le succès de l’an dernier, préférant en construire à nouveau qui, au-delà de ses erreurs évidentes, est pour l’instant plutôt convaincant.
– Ces deux mois ne furent pas emballant chez Netflix et, en plus de Grace and Frankie, la saison 3 de Orange is the New Black en est la preuve la plus évidente. On est effectivement pas loin de la catastrophe, tant tout ce qui faisait l’intérêt de la série semble s’être évaporé depuis l’an dernier. Treize épisodes inintéressants de bout en bout, on peine difficilement à trouver une seule scène marquante ou une intrigue à peu près correcte. En espérant que la série sorte la tête de l’eau pour 2016. Ou que Netflix se décide à mettre fin au massacre.
– #SaveHannibal

Quelles nouveautés vaudront le coup en juillet/août ? Show Me a Hero (16 août) sera sans doute l’événement de l’été, signant le retour à la télévision de David Simon presque deux ans après la fin de Treme, mais il faudra sur veiller les deux nouveautés Netflix que sont Narcos (28 août), biopic romancé de Pablo Excobar développé par le très talentueux José Padilha, et Wet Hot American Summer : First Day of Camp (31 juillet), le prequel du film culte éponyme au casting impressionnant. Sur FX, Sex&Drugs&Rock&Roll (16 juillet) est la curiosité évidente de la saison estivale, avec Blunt Talk (22 août), la comédie grinçante de Starz avec Patrick Stewart. Sur TNT, Public Morals (25 août) pourrait tenter de combler le vide laissée par la fin de Boardwalk Empire et l’échec de Mob City. Au pays du soleil levant, au rayon des nouveaux animés de l’été, on retiendra pour l’instant le très prometteur Gangsta. (1er juillet), qui avec son atmosphère jazzy et ses influences buddy movies pourrait se classer dans le panthéon nippon de 2015.

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Vivienn

Initié au ciné par Kubrick et Spielberg, je m'éduque par la suite devant Lumet, Kurosawa, Bong et Tarkov, avant de me trouver une seconde passion dans les séries télévisées.

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