[Critique Film] – Le Docteur Jivago

Le Docteur Jivago

Le Docteur Jivago

Anthony Mann, David Lean, Sidney Lumet, Youssef Chahine, Blake Edwards… Omar Sharif, de son vrai nom Michel Demitri Chalhoub, a tourné avec du beau monde au cours de sa carrière d’acteur, qui débute dans les années 1950 en Égypte avant qu’il n’aille à Hollywood dans les années 1960. Au final, une carrière plutôt impressionnante de plus de cinquante ans, même si ses meilleurs films et ses plus grands rôles se situent majoritairement dans les années 1960 et 1970. Mort il y a deux semaines, le 10 juillet 2015, le site a voulu lui rendre un petit hommage en critiquant un de ses films majeurs : Le Docteur Jivago, réalisé par David Lean en 1965.

Ce n’est pas la première collaboration entre les deux hommes : en effet, trois ans plus tôt, Omar Sharif apparaît dans Lawrence d’Arabie, le chef d’oeuvre du réalisateur britannique. La MGM demande à Lean de réaliser l’adaptation du livre éponyme de Boris Pasternak sorti en 1957, qui raconte l’histoire de Youri Jivago (Yuri Zhivago en VO) sur une trentaine d’années, de 1903 à la Seconde Guerre Mondiale, et en filigrane, de l’histoire de la Russie, du régime impérial à l’URSS, en passant par les guerres et la mise en place du pouvoir soviétique. Le livre a été un succès à l’époque à l’internationale, mais sa publication est interdite en URSS et Pasternak doit refuser son Prix Nobel de littérature en 1958 sous pression du régime communiste. Dès le départ, Omar Sharif est engagé ; Lean l’apprécie depuis le tournage de Lawrence d’Arabie, et Sharif a lu et aime le roman de Pasternak. D’abord pressenti pour jouer le rôle d’Antipov (l’idéaliste communiste qui devient un redoutable commissaire politique après la révolution), l’acteur est propulsé en tête d’affiche dans le rôle de Youri Jivago.

Le Docteur Jivago

De gauche à droite : Omar Sharif, Géraldine Chaplin, Julie Christie

David Lean décide de l’adapter sur le même modèle que Lawrence d’Arabie : un flashforward pour débuter – ici c’est Alec Guiness (qui joue Yevgraf, le demi-frère de Youri) qui recherche la fille de son demi-frère dans les années 1940-1950 – puis le récit prend vie et se développe en un peu plus de trois heures. Tout comme sa fresque épique de 1962, Lean garde un côté théâtral pour narrer la vie de Youri Jivago, qui se ressent dans les décors ou la narration. Les trois heures filent rapidement, la musique de Maurice Jarre, déjà à l’oeuvre sur Lawrence d’Arabie, accompagnant parfaitement les images – même si je la trouve parfois trop en retrait ; mais c’est surtout la mise en scène de Lean qui régale les yeux, avec des cadres magnifiques et de très belles scènes.

Le Docteur Jivago resserre la période couverte par le livre, commençant peu avant la Première Guerre Mondiale pour finir dans les années 1930 sous le régime stalinien, mais Lean se concentre surtout sur les premières années de cette période. C’est la plus riche d’un point de vue historique, entre la guerre contre la Prusse et l’Autriche-Hongrie, puis la Révolution d’Octobre 1917 et la guerre civile russe, et elle permet aussi à Lean de pouvoir dépeindre plus facilement les évolutions de la vie de Youri dans ces conditions. C’est un bon choix de la part de Lean, car cela apporte au Docteur Jivago sa principale qualité : celui de présenter des personnages en pleine fuite en avant, tentant de fuir les événements mais n’y arrivant jamais. Et l’écriture des personnages, humains et sensibles, permet de s’attacher très facilement à eux.

Le Docteur Jivago

Premier et second plan

Si l’écriture des personnages est excellente, c’est aussi le cas du jeu de la grande majorité des acteurs du film, très bons du premier au dernier rôle. Alec Guiness est parfait tout comme Geraldine Chaplin (qui joue la femme de Youri, Tonya) ou Tom Courtenay, qui joue un Antipov tyrannique et rigide. Mais ce sont vraiment Julie Christie et Omar Sharif qui portent Le Docteur Jivago : elle par sa présence magnétique, surtout dans la deuxième partie du film, lui dans le souffle dramatique qu’il parvient à insuffler à son personnage, le rendant vraiment magnifique. Le Docteur Jivago est sans doute sans plus beau rôle, et quand il écrit ses poèmes dans le manoir abandonné, il est vraiment Youri Jivago. Il n’y a que Rod Steiger qui m’a semblé être moins bon que les autres, peut-être parce que son personnage est caricatural.

Si vous avez aimé Lawrence d’Arabie, vous pouvez tout à fait regarder Le Docteur Jivago. Pour ceux qui ne connaissent pas le cinéma de David Lean, il ne faut pas avoir peur de la durée du long-métrage. Les trois heures quinze passent très rapidement malgré quelques légers trous d’air et on est facilement happé dans cette fresque à condition d’aimer le cinéma du Hollywood classique, mais aussi de ne pas être trop effrayer par la masse de personnages qui traversent le film. Mais c’est un classique à voir, ou à revoir.

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago en VO) réalisé par David Lean, 197 minutes, vu en VO.

PFloyd lui attribue la note de
8/10

En bref

Le Docteur Jivago est un très beau film, c’est indéniable. La mise en scène de David Lean est excellente, tout comme la musique de Maurice Jarre ou le jeu des acteurs, Omar Sharif en tête. Un classique du Hollywood des années 1960 et un bon aperçu du talent d’Omar Sharif.

PFloyd

Stanley Kubrick, Akira Kurosawa et David Simon sont mes Dieux, mais je prends toujours du plaisir à voir un film ou une série, à condition que ce soit bien et bon. Sinon, gare au retour de bâton.

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