[Critique Film] – Dogman

Dogman

Nul doute, Dogman est bel et bien un film de chien, nous entrainant dans les bas fonds napolitains pour mettre en scène un combat entre David et Goliath : Marcello, toiletteur pour canidé, et Simoncino, brute épaisse gobant les rails de coke. Loi du plus fort est bestialité sont donc au rendez-vous dans ce nouveau film de Matteo Garonne, qui, à propos de la mafia napolitaine, avait déjà réalisé, en 2008, Gomorra. Dix années plus tard, le cinéaste revient à cette Italie fantasmatique, et oubliée de tous, y administrant, plus que jamais, un échos tragique. Sous le savons d’emblée : Dogman est un film qui va mal finir, tant le conte urbain prend ici une allure de série noire hargneuse. On le ressent dès l’introduction, où la caméra se braque sur un pitbull agressif, avant de révéler la silhouette chétive, et fragile, de Marcello, tentant de laver l’animal. Ainsi, Dogman reproduit sans cesse le même schéma, en plaçant sans arrêt Marcello face à plus gros que lui, et en lui faisant faire le « sale boulot ». On éprouve de la pitié pour ce personnage incertain, prisonnier des narines d’un caïd local. Cependant, arrive rapidement un obstacle que Matteo Garonne ne parvient pas à surmonter : celui du misérabilisme.

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En effet, nous voyons le personnage de Marcello passer, au fur à mesure, du statut de fragile à celui de salaud. Si ce postulat n’est pas une surprise, il ne permet pas à Garonne de mettre en scène les rapports sociaux dans toute leur complexité. Pourquoi ? Parce que Dogman est un film fixe, se targuant d’une violence (voire d’une barbarie) souvent gratuite. Mais le misérabilisme entretenu par le film ne tient pas à sa fixité, ni sa violence, mais plutôt à son esthétisation, ne parvenant à servir qu’une histoire de faits-divers académique. Pour faire plus bref, Dogman instrumentalise le malheur de ses personnages par la fausse bonne idée de l’esthétisme et de la caractérisation forcée. Tout ici semble avoir été conçu pour détruire Marcello : sa situation périlleuse, son entourage abject, ses voisins rancuniers, son divorce. À ce rythme, on se rapproche d’une cruelle ironie dont il est difficile de justifier la présence et l’utilité, à part celle de rechercher en nous la même réaction que si nous étions face à un chien en larme.

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Mais peut-être qu’au fond, c’est aussi la situation de Marcello elle-même que nous qualifierions d’ironique. Cet homme assemble nombre des vertus humaines, tellement que cela lui vaut d’aller en prison, et en plus de se faire casser la gueule en sortant. On se croirait presque face à un faits-divers antique, et pourtant, les personnages sont cloisonnés dans cette cité sans nom, sans avenir, et surtout, sans horizon. En réalité, Dogman se déroule dans un monde où l’humanité n’est plus. Désespéré, le film se complait ainsi dans la laideur tout en s’affublant de bien belles (et vieilles) morales : l’homme est un chien pour l’homme. Sur ce, on remerciera Garonne pour ce moment viscéral et cathartique, qui servira au moins à sublimer la déchéance humaine, mais en la cadrant sans ferveur, et en l’engraissant d’un misérabilisme aussi nuancé qu’un os. Reste en revanche certains intérêts, comme notamment le flou qu’il entretient dans cet affrontement entre le pantin et l’ogre, et son sadisme final inéluctable. C’est seulement à cet instant que nous partageons un vrai regard avec le protagoniste. Et pourtant, nous voyons le contraire de ce qu’il voit : il est dans une impasse, mais nous voyons l’horizon.

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KiwiKarma

KiwiKarma

Aime les dinosaures, les belles actrices, et les belles actrices qui se font manger par des dinosaures.

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