[Critique Film] – Waitress

Affiche du film

 

Serveuse dans un diner, Jenna (Keri Russell, incroyable) n’a qu’une passion : faire des tartes. C’est son échappatoire dans une vie insatisfaisante. Mariée à un homme abusif, elle découvre qu’elle est enceinte. Son nouveau gynécologue (Nathan Fillion) va bouleverser sa vie …

Attention, ce texte contient de vagues spoilers.

Ceci n’est pas une histoire d’amour. Au résumé, on pourrait le croire, mais ceci n’est pas une histoire d’amour. C’est une histoire d’émancipation. De manière colorée et joyeuse, la réalisatrice Adrienne Shelly nous dépeint la vie misérable d’une femme complètement dépendante de son mari. Aucune femme, dans ce film, n’est heureuse, d’ailleurs. L’une a une liaison, l’autre est désespérée d’être célibataire … C’est dans la sororité qu’elles se sentent le mieux. Le travail, pour Jenna en particulier, est un moment privilégié, où elle peut être avec ses amies et ne pas avoir à subir les abus de son époux.

Adrienne Shelly, Cheryl Hines et Keri Russell

Waitress (2007) est un portrait terrible mais juste du patriarcat. Le mariage est clairement montré comme du travail non-rémunéré. A partir de là, la liaison, c’est le bonheur et la liberté. Mais une liaison, c’est aussi une transgression qui amène un jugement moral. Cette situation clandestine, avec toute l’excitation qu’elle peut amener, ne peut donc pas durer.

Ce que nous montre Waitress, c’est une période de changement. Le film démarre avec la découverte de la grossesse de Jenna, et se termine avec la naissance de son bébé. En neuf mois, l’héroïne entrevoit la possibilité d’une nouvelle vie, avant d’être, systématiquement, ramenée à la violente réalité de son quotidien. Mais ce n’est pas l’amour qui la sauve ; d’ailleurs elle n’en veut pas. Elle ne veut pas être sauvée d’un homme par un autre. Elle veut se sauver toute seule, et elle le doit, parce qu’elle n’a pas le choix.

Nathan Fillion

Là où le film montre la violence patriarcale de manière pertinente, c’est dans la réaction des autres personnages à la relation abusive dans laquelle l’héroïne est enfermée. Ce n’est pas un secret, tout le monde le sait. Jenna est honnête sur le comportement de son mari avec tous les gens qu’elle connaît bien. Pour le reste, il faut garder un semblant de decorum pour se préserver du jugement d’autrui.

Toute le propos du film amène à une réflexion sur la tromperie. C’est mal, nous dit-on tout le long du film. Mais ce n’est pas mal parce que c’est transgresser le sacré du mariage. C’est mal parce que c’est trahir des gens qui nous aiment et nous font confiance. Pourtant, nous incombe-t-il vraiment de juger ? Une femme, plus qu’un homme, peut être prisonnière d’un mariage. Peut-on, à partir de là, vraiment juger la manière dont elle s’en échappe ?

Jeremy Sisto et Keri Russell

Ce que le film dit, in fine, c’est que la vie est une errance parsemée d’incertitudes dans laquelle une femme ne peut pas gagner. Il n’y a pas de solution parfaite, il s’agit juste de choisir celle qui semble nous convenir le mieux. Le salut des femmes ne peut pas passer par les hommes, mais si c’est dans le mariage (hétérosexuel, bien entendu, du ce film) et la maternité qu’une femme pense pouvoir le mieux s’épanouir, qui sommes-nous pour la juger ? Dans le cas de Jenna, dès le départ, il s’agit d’indépendance, qu’elle soit personnelle ou financière.

On pourra reprocher au film sa fin fantasmée, qui peut détonner avec les propos plus sérieux du film. Et en même temps, après presque deux heures à voir Jenna tenter, dans des scènes glaçantes, d’apaiser et de rassurer son mari violent (joué par Jeremy Sisto, le mec à col roulé dans Clueless), cette fin est la bienvenue, parce qu’elle conclue de belle manière un film qui a su tout du long joué sur son apparente douceur et son scénario terrible. Rarement un feel-good movie aura eu un discours aussi lourd. Et l’ensemble donne un très bon film, très émouvant, drôle et doux-amer, à regarder emmitouflé-e dans un plaid, un thé fumant entre les mains.

SophieM lui attribue la note de
8/10

En bref

A la fois feel-good movie et film à charge contre le patriarcat, Waitress est une agréable surprise, un film oublié qui mérite d’être redécouvert.

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SophieM

24 ans. Féministe queer, libraire de métier et cinéphile de formation. Autrice en devenir. Je vis pour le fromage.

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