[Critique Série] – La Fureur dans le Sang

La Fureur dans le sang - saison 1

ITV©

Cela devait être en 2003. Canal+ était alors une des rares chaînes françaises avec Série Club à diffuser des séries américaines et britanniques de qualité : 24, Six Feet Under, State of Play, Spooks… Et un jour, des lettres de sang sont apparues sur l’écran. Robson Green, Hermione Norris. Et puis un titre : La Fureur dans le sang (oui, je regardais en VF).

D’abord inspiré par deux romans de Val McDermid (Le chant des sirènes et La Fureur dans le sang) pour ses débuts, la série prend ensuite son propre chemin en ne gardant plus que les personnages centraux (le lieutenant Carol Jordan, le psychologue Tony Hill), le ton sombre qui scrute les tréfonds de l’âme humaine et l’aspect sanglant des crimes. De 2002 à 2008, sur ITV le temps de 24 épisodes, La Fureur dans le Sang (Wire in the Blood en VO) a toujours piqué la curiosité des amateurs de séries policières avec son Angleterre provinciale, sa violence crue jamais gratuite ou complaisante et sa galerie de personnages tous dignes d’intérêt. Si elle connait un grand succès outre-Manche (6 millions de téléspectateurs de moyenne), elle reste encore méconnue chez nous malgré sa grande qualité et le petit culte qu’elle a su développé chez celles et ceux qui l’ont vu. Un culte qui peut pousser certaines personnes (moi) à relancer la série tous les ans, à l’instar de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou de Sacré Graal!.

Pour les néophytes, La Fureur dans le sang compte trois époques distinctes : la première saison, où le rythme lent et la longueur des épisodes permet de poser les personnages de Carol Jordan et Tony Hill et de développer leur relation mi-amicale, mi-romantique (si lui est introverti, elle n’est guère plus sociable). Ensuite, les seconde et troisième saisons, plus resserrées (dix minutes en moins par épisode), se permettent de dérouler des intrigues variées en suivant un canevas classique mais efficace. Enfin, les trois dernières saisons, où Simone Lahbib remplace Hermione Norris, partie au MI5, sont communément admises comme les moins bonnes de la série (surtout la cinquième), même si elles réservent des moments de grande qualité (comme Hole in the Heart ou Falls the Shadow).

La Fureur dans le sang

Classe et élégance (ITV©)

Qu’est-ce qui la rend si spéciale ? Après tout, les séries mettant en scène un expert aidant la police à résoudre des énigmes tordues sont légions à la télévision, et ce, depuis une bonne trentaine d’années. Il en va de même pour celles montrant des tueurs en série commettant le plus de crimes possibles en quarante minutes chrono pour le plaisir (malsain) de millions de téléspectateurs. Sauf qu’avec son écriture raffinée faisant place aussi bien à un humour pince-sans-rire qu’à de longs monologues établissant des profils psychologiques divers et variés, elle échappe au déjà-vu de la première catégorie et au voyeurisme de la seconde. Et si le traitement par la série des troubles psychiques n’est pas toujours des plus subtils, son approche frontale et sans compromission de sujets aussi durs que les relations abusives, la dépression ou la pédophilie (liste non-exhaustive) est une vraie réussite et constitue sans doute sa plus grande qualité.

Sa mise en scène lui offre aussi une valeur ajoutée par rapport aux séries de son genre. Même si elle n’a pas l’aspect bling-bling de ce qu’un Sherlock fera dans les années 2010, elle est bien plus pertinente que celle de cette dernière car elle soutient le propos de l’épisode et se charge, via des transitions habiles ou la composition de ses plans, de se substituer à des dialogues qui auraient eu moins d’impact dans la même situation. Cela ne frappe pas le téléspectateur au premier coup d’oeil, mais au fil des visionnages, l’aspect technique de La Fureur dans le sang, sans être incroyable, lui permet de rester parfaitement regardable encore aujourd’hui malgré son âge important (à l’ère de la peak TV où les changements sont incessants).

 

Il n’empêche, sans les présences d’Hermione Norris et de Robson Green et des têtes en arrière-plan de Mark Letheren (Kevin) ou d’Emma Handy (Paula), la série n’aurait peut-être pas été aussi appréciée. Globalement, et malgré un casting changeant au fil du temps, la série a toujours pu compter sur ses acteurs et actrices pour porter ses intrigues, avec sérieux et humour. Cela a créé une alchimie de groupe crédible pour donner corps à ce service de police chargé de traquer les pires criminels du coin. Mention spéciale à celui qui a sans doute eu le rôle le plus compliqué de la série, à savoir Robson Green devant camper (sans trop surjouer ou s’effacer) un Tony Hill à la fois introverti dans ses rapports sociaux et amicaux mais aussi profondément attaché à la valeur de la vie humaine, fasciné par les tueurs qu’il traque sans pour autant n’exister qu’à travers eux. Un exercice d’équilibriste réussit avec brio par l’acteur, qui, même dans les temps faibles de la série, aura toujours su susciter l’intérêt dès qu’il fronçait les sourcils.

Et c’est ainsi que La Fureur dans le sang a fait son petit bonhomme de chemin pendant six ans, avant d’être annulée par ITV à cause de son coût et d’un renouvellement de grille. Une décision compréhensible, même si son retrait a supprimé une des dernières propositions originales dans le paysage des séries d’experts-policiers. Aujourd’hui, la série est disponible sur Prime Video pour celles et ceux voulant découvrir cette pépite. Il faudra malheureusement se contenter uniquement des cinq premières saisons en VF, avec un format 16:9 foiré sur la troisième. Frustrant, mais c’est déjà ça…

PFloyd lui attribue la note de :
8/10

En bref

Intelligente, très bien écrite et très bien interprétée. Telles sont les qualités qui font de La Fureur dans le sang une série immanquable à découvrir dès que possible. Attention toutefois à la violence graphique qui pourrait en heurter plus d’un.

PFloyd

PFloyd

Stanley Kubrick, Akira Kurosawa et David Simon sont mes Dieux, mais je prends toujours du plaisir à voir un film ou une série, à condition que ce soit bien et bon. Sinon, gare au retour de bâton.

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