[Critique Film] – The Birth of a Nation

The Birth of a Nation

Attention, cette critique contient un spoiler.

« Plus puissant que 12 years a Slave », peut-on lire sur les affiches promotionnelles de The Birth of a Nation dans les métro parisiens. Le film de Nate Parker est venu depuis des mois comme la révélation à la fois de Sundance et, pour nous Français, de ce début d’année 2017.

Il n’en est rien.

The Birth of a Nation, titré comme l’un des films fondateurs – et racistes – du cinéma américain, est basé sur l’histoire vraie d’un esclave qui mène une révolte contre son maître. Le personnage principal sait lire, et prêche à ses semblables. Il se croit « élu ».

The Birth of a Nation

Arme Hammer et Nate Parker

Pourtant, la fameuse révolte met bien longtemps à se fomenter et à se concrétiser. Nate Parker entrecoupe son film de séquences qui se veulent spirituelles mais qui laissent le spectateur dubitatif. Le film a une esthétique très Sundance, au sens péjoratif : image bien éclairée qui se veut esthétisante et qui devrait permettre de pardonner un léger amateurisme de réalisation. Les acteurs tiennent leur rôle, mais le côté technique est faible. Le fait de l’avoir comparé sur l’affiche au film de Steve McQueen manque de pertinence : bien qu’ils traitent du même sujet, les deux films n’ont rien à voir, que ce soit au niveau de la forme ou de la qualité.

The Birth of a Nation se veut un film à statuettes, et Nate Parker, aussi acteur principal du film, s’y place au centre, en sauveur choisi et éclairé. Pourtant, en un sens, le film est une mascarade. En effet, si certains argumenteront qu’il est nécessaire de séparer l’artiste de l’art, il interpelle de noter que Nate Parker, accusé de viol en 1999, tourne un film dont le scénario repose sur le viol d’une femme, surtout quand ce viol n’a, dans les faits, jamais eu lieu : c’est même l’un des rares moments inventés du film. Nate Parker devient ainsi une énième figure hollywoodienne avec un passé de violences faites aux femmes – et la liste devient vraiment longue.

The Birth of a Nation

Nate Parker et Aja Naomi King

Même en voulant faire la distinction entre art et artiste, il est aberrant que le viol comme ressort scénaristique soit encore aussi employé et accepté. Plus que cela, il est aberrant qu’il soit encore employé et accepté, non pas pour servir la caractérisation de la femme violée, mais, ici, de son mari – et plus généralement, d’un homme.

Malgré cela, The Birth of a Nation reste un film intéressant à voir pour le sujet qu’il traite. La conviction de Nate Parker et sa volonté de faire un grand film sont évidentes, mais l’œuvre se révèle finalement trop faible et trop ombragée par le passé de son réalisateur pour être défendable.

SophieM lui attribue la note de
5/10

En bref

Film bourré de bonnes intentions mais trop faible et trop problématique pour convaincre, The Birth of a Nation est une déception.

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SophieM

24 ans. Féministe queer, libraire de métier et cinéphile de formation. Autrice en devenir. Je vis pour le fromage.

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