[Critique Série] – Halt & Catch Fire

Souvenez-vous… Dans un passé pas très lointain, avec le succès critique de Mad Men, une bonne partie des chaînes américaines ont tenté d’avoir leurs propres drames “historiques”. On a ainsi eu Pan Am sur ABC, The Playboy Club sur NBC, Manhattan sur WGN, Vinyl sur HBO, The Knick sur Cinemax… Une liste hétérogène loin d’être exhaustive où se côtoient séries médiocres et excellents crus avec le point commun de n’avoir pas duré très longtemps (hélas pour The Knick). Finalement, seule Halt & Catch Fire aura réussi à tenir suffisamment longtemps pour avoir une fin digne du nom, même si son générique va me manquer.

Le propos ? Nous montrer les destins croisés de développeur.se.s et entrepreneur.e.s dans les années 1980 qui travaillent ensemble et se concurrencent à tour de rôle au moment de la démocratisation balbutiante des ordinateurs, des jeux vidéos ou encore d’Internet. Avec au final une seule question : était-ce le bon choix pour le futur (et pour assurer une retraite confortable) ?

La survie de la série n’était pas gagnée. Bien que le contexte historique ainsi que la qualité de la distribution auraient pu suffire à attirer le public, elle n’a jamais connu ne serait-ce que des audiences honorables, à part peut-être pour le premier épisode à plus d’un million de téléspectateurs (à peine 300 000 habitués de moyenne pour la saison 4). Étrangement, AMC – qui a pourtant annulé Rubicon par le passé pour des raisons d’audience – a sagement reconduit Halt & Catch Fire année après année. Est-ce grâce au succès de The Walking Dead, qui libérait un espace de création sans que les audiences ne posent problème ? Ou juste parce qu’AMC voulait avoir une série de prestige dans son catalogue coûte que coûte ? Un peu des deux sans doute, mais pas question de se plaindre ici.

On en parle ?

Après quarante épisodes, le sentiment qui prédomine est la satisfaction. Satisfaction d’avoir vu une série brillamment écrite, bien réalisée et avec une OST référencée sans être trop forcée, aller jusqu’au bout de ses idées et finir la plupart de ses arcs narratifs sans trop d’incohérences ou de facilité. Bonheur aussi de voir une époque et une mentalité bien recréée, où on se pose des questions comme la faisabilité du jeu en ligne ou la façon de créer un level-design cohérent et unique. Plaisir enfin de voir un casting au poil, que ce soit au niveau des rôles principaux – hommage à Lee Pace et ses lunettes rondes, Kerry Bishé, Mackenzie Davis et Scoot McNairy – ou des rôles secondaires, Toby Huss en tête.

Dans cette mer de qualités, se cachaient pourtant des îlots de défauts : il arrivait que la série oublie soudainement son rythme posé pour accélérer brutalement sans trop de raison à certains moments et certaines évolutions de relations entre deux personnages – au hasard Joe et Cameron – étaient souvent ineptes. Mais la série parvenait toujours à nous faire oublier cela en introduisant une réflexion pertinente ou en valorisant un de ses personnages à la place. Et finalement tout se remettait en place.

Les personnages féminins sont bien très bien écrits et développés, notamment Donna (Kerry Bishé, à gauche)

L’erreur à ne pas commettre serait de comparer Halt & Catch Fire à Mad Men, comme cela a pu être fait en 2014. La dernière avait pour elle la volonté d’embrasser toute une époque (les années 1960) avec une foule de détail qui donnait le vertige et pouvait la rendre difficile d’accès, notamment dans sa première saison, en plus d’un rythme lent. La série créée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers n’a pas cette prétention là ; elle se focalise sur un aspect de la société des années 1980, la vision d’un futur pensé par des devs idéalistes ou par le système technologique qui se met en place, mais elle reste à hauteur humaine et n’évoque pas Reagan ou la Guerre Froide (The Americans s’en charge très bien). Mais si elle n’a pas la lecture globale du chef d’oeuvre de Matthew Weiner, elle reste accessible à tous sans renier une certaine profondeur narrative. Et contrairement à Mad Men, qui reste globalement ancré dans son époque, Halt & Catch Fire y est constamment de par les outils développés dans la série qui ont aujourd’hui une place conséquente dans nos sociétés actuelles.

Alors il est vrai que dans cet océan de séries, nos agendas sont déjà bien surchargés par Netflix et consorts ; mais si vous ne savez pas quoi faire un jour, n’hésitez pas à donner une chance à Halt & Catch Fire, elle le mérite largement. De toute manière, les séries brillantes, malgré les flops d’audience, ne sont jamais vraiment oubliées et ne demandent qu’à être vues et revues. Grâce à la magie d’Internet.

PFloyd

PFloyd

Stanley Kubrick, Akira Kurosawa et David Simon sont mes Dieux, mais je prends toujours du plaisir à voir un film ou une série, à condition que ce soit bien et bon. Sinon, gare au retour de bâton.

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